avec 

lee bae , marine bikard, mathieu bonardet, jennifer caubet, claire chesnier , chang kai-chun, caroline corbasson, farid kati, hanna råst, lee ufan et li xin

 

 

Comment une trace peut-elle contenir le temps, et que reste-t-il d’un geste une fois le mouvement disparu ?

 

Réunissant des artistes de générations et d’origines multiples dans le cadre du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée, l’exposition Geste(s), trace(s) et respiration(s) explore la manière dont le geste inscrit le temps dans la matière.

 

Entre répétition du geste, inscription d’un rythme, enregistrement d’une présence ou apparition progressive d’une forme, les techniques — dessin, peinture, encre, verre, métal ou papier — deviennent autant de lieux d’attention au souffle, au temps et à ce qui subsiste après l’action.

 

Avec sa série Dialogue, Lee Ufan ouvre un espace de retenue où le geste, réduit à l’essentiel, fait naître une tension entre l’aquarelle et le vide du papier. La trace y apparaît comme une respiration : unique, suspendue, consciente de son propre effacement. Dans son travail, le vide n’est jamais absence mais espace de relation, prolongeant la pensée du mouvement Mono-ha autour du dialogue entre matière, temps et perception. 


Cette attention portée au silence et à l’impermanence trouve un prolongement dans les huiles et dessins de Caroline Corbasson, dont une série a été réalisée lors de sa résidence à Lee Ufan Arles en 2025. Ses œuvres déplacent le regard vers des échelles cosmiques où le geste humain semble entrer en résonance avec des phénomènes plus vastes.

 

Cette tension entre présence physique et forces invisibles se prolonge dans la sculpture de Jennifer Caubet. Dressée verticalement entre le sol et le plafond, sa structure mêlant verre soufflé et métal, inspirée des isolateurs de lignes à haute tension, agit comme une ponctuation dans l’espace. L’œuvre rend perceptibles des flux habituellement imperceptibles et transforme la tension en expérience sensible.

 

D’autres artistes choisissent au contraire d’accueillir l’instabilité et la circulation de la matière. Dans les œuvres de Li Xin et les lavis de Claire Chesnier, l’encre, l’eau et l’huile composent des paysages abstraits où la forme semble émerger autant que se dissoudre. Le geste y dialogue avec l’accident, le hasard et le lâcher-prise.

 

À cette fluidité répond une pratique du geste fondée sur la répétition et l’endurance. Chez Chang Kai-Chun, le bras tendu à l’extrémité de la toile, le mouvement vertical est répété inlassablement jusqu’à faire apparaître une composition méditative et vibrante. De manière parallèle, les dessins de Mathieu Bonardet engagent le corps dans une accumulation de traits où l’épuisement devient une mesure du temps. La ligne n’y est plus seulement forme, mais enregistrement d’une résistance physique entre le graphite et le papier.

 

Cette mémoire du geste trouve une densité nouvelle dans les œuvres de Lee Bae, qui transforme la poudre de charbon en une présence profonde et vibrante. Chez lui, la matière conserve la mémoire du feu, de la combustion et de la transformation : une temporalité lente inscrite au cœur même de la surface.

 

Enfin, l’exposition laisse une place au jeu, à l’instabilité et aux forces naturelles. Farid Kati accueille les mouvements de l’air à travers une machine qui traduit les variations du vent sur le papier, tandis que Marine Bikard et Hanna Råst interrogent la persistance fragile des images et des empreintes à travers le papier calque ou le puzzle imprimé. Les œuvres semblent alors osciller entre apparition et disparition, comme si la trace demeurait toujours menacée d’effacement.

 

Entre retenue et intensité, silence et énergie, les œuvres réunies composent ainsi un paysage sensible où le geste devient une manière d’habiter le temps, d’en enregistrer le passage et d’en éprouver la fragilité.

 

Commissaires d’exposition

Antoine Le Clézio & Maxime Allain